Les quartiers nords de Marseille : périmètre, histoire et chiffres clés

Rédigé par Jerôme

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Quand on parle des quartiers nord sans autre précision, il s’agit presque toujours de Marseille. Rien à voir avec Nantes Nord, avec Bagneux ou avec le groupe de rap qui porte ce nom : l’expression désigne ici un vaste secteur de la deuxième ville de France, souvent résumé par des clichés. Voici ce qu’il recouvre vraiment, comment il est découpé, d’où il vient et ce que disent les chiffres.

Qu’appelle-t-on les quartiers nord de Marseille ?

Les quartiers nord forment la partie septentrionale de Marseille, au nord de l’hypercentre et du Vieux-Port. Il n’existe aucune définition administrative officielle : le périmètre varie selon les sources. Pour en savoir plus sur l’histoire et le découpage du territoire, lisez notre article : périmètre et histoire des quartiers nord. Le noyau est constitué des 15e et 16e arrondissements, auxquels on ajoute très souvent le 14e arrondissement et la partie nord du 13e.

Selon le périmètre retenu, ce territoire compte entre 200 000 et 250 000 habitants, soit plus d’un quart de la population de la ville. C’est un ensemble très étendu, fait de collines, de littoral, de zones industrielles, de villages anciens et de grands ensembles. L’expression est donc moins une réalité géographique précise qu’une notion issue de l’histoire sociale de Marseille, opposée aux quartiers sud, plus aisés.

Idée reçue : « les quartiers nord, c’est un seul bloc »

Dans les faits, L’Estaque, village de pêcheurs avec vue sur la rade, et une cité de grands ensembles comme La Castellane n’ont ni la même histoire, ni la même population, ni les mêmes difficultés. Parler des quartiers nord au singulier gomme ces écarts.

Découpage et quartiers principaux

Le plus simple pour s’y repérer est de passer par les arrondissements. Le tableau ci-dessous donne les repères essentiels, sachant que les limites des quartiers marseillais restent souples.

Arrondissement Quartiers et cités repères Caractère dominant
13e (nord) Malpassé, Frais-Vallon, Les Olives Grands ensembles et pôles universitaires ou technologiques
14e Le Merlan, Sainte-Marthe, Font-Vert, Le Canet Mélange de cités et de quartiers pavillonnaires
15e Saint-Louis, Les Aygalades, La Viste, Kallisté Ancien tissu ouvrier, proximité du port de Marseille
16e L’Estaque, Saint-Henri, Les Riaux, La Castellane Littoral, anciens villages, quelques grandes cités

Certains noms sont devenus des symboles, parfois malgré eux. La Castellane, cité du 16e arrondissement, est connue dans toute la France, alors qu’elle ne représente qu’une petite partie du secteur. À l’inverse, Saint-Louis ou Malpassé restent peu familiers de ceux qui ne vivent pas à Marseille, alors qu’ils concentrent des dizaines de milliers de personnes.

Histoire et évolution urbaine

Rangee de maisons basses et cheminees d'usine

L’histoire des quartiers nord est d’abord celle de l’industrialisation. Dès le XIXe siècle, les tuileries, les cimenteries, les huileries et les savonneries s’installent entre L’Estaque et Saint-Louis, tout près des bassins du port de Marseille. Les ouvriers, souvent venus d’Italie, d’Arménie ou du Maghreb, s’installent autour de ces usines, dans des quartiers qui gardent encore l’allure de villages.

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Le second grand tournant arrive après 1945. Pour loger les rapatriés d’Algérie, les travailleurs immigrés et les familles venues des quartiers insalubres du centre, la ville construit en quelques années de grands ensembles et des cités HLM sur les collines du nord : Frais-Vallon, Malpassé, La Castellane, Kallisté. Ces logements apportent d’abord du confort, mais ils sont souvent éloignés des emplois et mal desservis par les transports.

À partir des années 1980, la fermeture progressive des usines et le recul des activités portuaires traditionnelles frappent de plein fouet ces secteurs. S’y ajoutent les grands programmes de rénovation urbaine : démolitions, réhabilitations, nouveaux équipements, comme ceux financés par l’ANRU ou ceux du plan « Marseille en grand » lancé en 2021 pour les écoles et les transports. Le bilan est contrasté : le cadre bâti s’améliore par endroits, mais l’enclavement persiste dans plusieurs quartiers.

Économie, population et politique locale

Les écarts avec le reste de la ville sont nets. Dans plusieurs quartiers du 15e et du 16e arrondissement, le taux de pauvreté dépasse largement 40 %, contre environ un quart pour l’ensemble de Marseille selon l’INSEE. Le chômage y dépasse fréquemment 25 %, et il est plus élevé encore chez les jeunes. Ces ordres de grandeur varient d’un quartier à l’autre, et il vaut mieux consulter les données INSEE par quartier prioritaire pour une analyse fine.

Le secteur n’est pourtant pas dépourvu de ressources économiques. Le port, avec ses bassins Est, la logistique, le centre commercial Grand Littoral, le pôle technologique de Château-Gombert ou l’extension d’Euroméditerranée créent de l’emploi. Le problème tient souvent à l’adéquation entre ces emplois et les qualifications des habitants, ainsi qu’aux difficultés de déplacement.

Sur le plan politique, les quartiers nord sont au cœur de la politique de la ville : quartiers prioritaires, contrats de ville, aides aux associations, renforcement des moyens scolaires. Les élus locaux y débattent régulièrement de la mixité sociale, de l’accès aux transports et du rééquilibrage des investissements entre le nord et le sud de la ville. Les associations de terrain, très actives, restent un relais essentiel auprès des familles.

Criminalité et narcotrafic : ce que disent les chiffres

C’est le sujet qui nourrit la réputation du secteur. Plusieurs cités des quartiers nord sont effectivement touchées par le narcotrafic, avec des points de vente structurés et des règlements de comptes qui ont fait de Marseille un symbole national. L’année 2023 a été particulièrement meurtrière, avec une cinquantaine de morts liés au trafic dans les Bouches-du-Rhône, avant un recul les années suivantes selon les chiffres de la préfecture.

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Ces faits sont réels, mais ils sont très concentrés : quelques cités et quelques réseaux, et non l’ensemble d’un territoire de plus de 200 000 habitants. Les victimes sont d’ailleurs majoritairement des jeunes impliqués dans le trafic, même si des habitants subissent les tirs, les nuisances et la peur au quotidien. La criminalité s’enracine dans un terreau de chômage, de pauvreté et de désœuvrement, ce qui explique que la seule réponse policière n’ait pas suffi à ce jour.

Ce que la stigmatisation fait aux habitants

La stigmatisation du territoire pèse sur les candidatures à l’embauche, sur l’image des écoles et sur la fierté des habitants. Une adresse en 15e ou 16e arrondissement reste, pour certains recruteurs, un handicap avant même l’entretien.

Visiter les quartiers nord : L’Estaque et au-delà

Petit port avec bateaux multicolores et maisons basses

Côté visite, la vitrine du secteur est L’Estaque. Ce village de pêcheurs a inspiré Cézanne, Braque, Dufy et Renoir, et il se parcourt à pied le long du port, avec ses ruelles, ses vues sur la rade et ses fameux chichis frégis vendus sur le front de mer. Il se situe à une vingtaine de minutes du centre-ville en voiture ou en train régional.

Au-delà de L’Estaque, on peut découvrir le massif de la Nerthe, la Côte Bleue toute proche et, pour compléter un séjour, rejoindre les Calanques côté sud. Quelques initiatives culturelles et associatives proposent aussi des visites guidées par des habitants, qui montrent un autre visage de ces quartiers, bien loin des images diffusées dans les journaux télévisés.

Les quartiers nord ne se résument donc ni à leurs difficultés ni à leurs clichés. Ils portent une partie de l’histoire ouvrière et populaire de Marseille, et leur avenir se joue autant dans l’emploi, les transports et l’école que dans la lutte contre le trafic.

Jerôme